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La grasse matinée

 

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Jacques Prévert

Paroles

1945

Introduction

Fréquentant à ses débuts les surréalistes, Prévert se détache peu à peu de leur façon d'écrire et reste moins hermétique mais il emploie le ver libre, peu de rimes et pas de ponctuation. Il aime le cinéma. Il travaille avec Marcel Carmé. Le poème présente une ville des pauvres, des chômeurs, des faits divers. Il est plus accessible.

Lecture

I. Structure : un montage dramatique

A) Réminiscences du cinéma muet
B) Trois séquences principales

II. Tonalité : humour noir, dérision

A) Lexique
B) Effet de contraste

III. Portée : protestation sociale

A) Le personnage principal
B) Satirique sociale (qui est responsable)

Conclusion            Texte

I. Structure : un montage dramatique

Prévert connaît bien le cinéma. Il utilise les plans, les mouvements de caméra.

A) Réminiscences du cinéma muet

Il n'y a qu'un seul bruit : "oeuf dur cassé"
Pas de dialogue, sauf dialogue intérieur : "ça ne peut pas durer", on peut imaginer une voix off ou l'affichage de sa pensée. Présence d'un minimum de mots : "brouillard de mots". Vers 52 à 59 sont caractéristiques du cinéma muet, on peut imaginer un entrefilet de journal, ou la voix d'un journaliste.

B) Trois séquences principales

1ere séquence : la vitrine

Séquence très visuelle : reflet de l'homme dans la vitrine puis la tête de veau en surimpression (cf. pub 206)
"couleur de poussière" : crasse, pâleur annonce macabre
"tête", "vitrine de chez Potin" : contraste entre le luxe et l'abondance et l'homme pauvre (sdf car "couche ponts")
"il grince des dents" et le comptage sur les doigts et la répétition du nombre 3 est pathétique (entêtement)
Vers 35 à 40 : gros plan sur les obstacles, depuis la boite qu'il désire fortement jusqu'aux "flics"
On voit bien comme au cinéma le zoom.
2eme séquence : le bistrot
"café-crème et croissants chauds" : gros plan sur les tables
"titube" : traduit malaise, trois jours sans manger ont affaibli l'homme
répétition "un brouillard de mots" : flou qui montre qu'il mélange ses pensés
"café-crime arrosé sang !..." : vers lapidaire suggère meurtre
Les séquences s'accélèrent car la fin 
3eme séquence : le fait divers
L'homme disparaît et devient un vagabond
style journalistique
"homme très estimé" : bon bourgeois victime
"a été égorgé" : verbe choc, vers lapidaire
style garçon de café "deux francs"

II. Tonalité : humour noir, dérision

A) Lexique

"grasse matinée" : anti-titre, antithèse,  la grasse matinée fait référence au vacances, à l'oisiveté du dimanche, or le SDF n'a ni travail, ni lit. "grasse" : contraste entre l'opulence et la faim de l'homme
Jeux de mot portant sur le mot tête : sens propre, tête de veau, se moquer
Anaphore v 35-38 : "protégés par"
Jeu de mot terrible v 48-51 : l'homme a du verser du sang pour se nourrir

B) Effet de contraste

Contraste entre le luxe et sa pauvreté
Entre les protections croissantes et l'objet
Entre la violence du crime et le vol dérisoire
Tonalité cynique avec la reprise du premier vers à la fin.

III. Portée : protestation sociale

A) Le personnage principal

L'"homme", "il" est évoqué v 6-12-42, il devient à un vagabond, un assassin
Apparemment un SDF, il n'a pas d'argent, il perd sa dignité, puisqu'il a faim il se fiche de son aspect
Il est humilié : "le monde se paye sa tête", chiasme sur le monde, il en veut à tout le monde
Le poète mets en évidence le malaise physique qui entraîne la folie (brouillard)

B) Satirique sociale (qui est responsable)

Critique de la société de consommation : la nourriture seule chose dont on ne peut se passer devient inaccessible pour tous ceux qui n'ont pas d'argent.
Accusation de la loi qui ne s'occupe pas de ces personnes, au contraire il est face aux flics
La force et le pouvoir sont du coté des riches
Qui est responsable ?
A la fin du texte l'homme est considéré coupable, il va payer son acte
Prévert montre qu'il est devenu un criminel malgré lui
La société est elle responsable de ce que font les autres ? N'aurait elle pas pu lui tendre la main ?

Conclusion

La ville est plus qu'un décor c'est le lieu de la tragédie. Pauvres et riches y cohabitent. Le poème renvoie au problème de la criminalité, réflexion sur la banalité de la délinquance. Le problème de la nourriture est aussi évoqué car il n'y avait pas de solutions à l'époque.

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La grasse matinée

      01. Il est terrible
      02. le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain
      03. il est terrible ce bruit
      04. quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
      05. elle est terrible aussi la tête de l'homme
      06. la tête de l'homme qui a faim
      07. quand il se regarde à six heures du matin
      08. dans la glace du grand magasin
      09. une tête couleur de poussière
      10. ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
      11. dans la vitrine de chez Potin
      12. il s'en fout de sa tête l'homme
      13. il n'y pense pas
      14. il songe
      15. il imagine une autre tête
      16. une tête de veau par exemple
      17. avec une sauce de vinaigre
      18. ou une tête de n'importe quoi qui se mange
      19. et il remue doucement la mâchoire
      20. doucement
      21. et il grince des dents doucement
      22. car le monde se paye sa tête
      23. et il ne peut rien contre ce monde
      24. et il compte sur ses doigts un deux trois
      25. un deux trois
      26. cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
      27. et il a beau se répéter depuis trois jours
      28. Ca ne peut pas durer
      29. ça dure
      30. trois jours
      31. trois nuits
      32. sans manger
      33. et derrière ce vitres
      34. ces pâtés ces bouteilles ces conserves
      35. poissons morts protégés par les boîtes
      36. boîtes protégées par les vitres
      37. vitres protégées par les flics
      38. flics protégés par la crainte
      39. que de barricades pour six malheureuses sardines..
      40. Un peu plus loin le bistrot
      41. café-crème et croissants chauds
      42. l'homme titube
      43. et dans l'intérieur de sa tête
      44. un brouillard de mots
      45. un brouillard de mots
      46. sardines à manger
      47. oeuf dur café-crème
      48. café arrosé rhum
      49. café-crème
      50. café-crème
      51. café-crime arrosé sang !...
      52. Un homme très estimé dans son quartier
      53. a été égorgé en plein jour
      54. l'assassin le vagabond lui a volé
      55. deux francs
      56. soit un café arrosé
      57. zéro franc soixante-dix
      58. deux tartines beurrées
      59. et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
      61. Il est terrible
      62. le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain
      63. il est terrible ce bruit
      64. quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim.

        Jacques Prévert

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Dernière mise à jour :

 17/05/04